Monsieur, vous ne vous êtes pas tiré une balle dans le pied mais tout le chargeur !
8 avril 2013 à 15h12, médecin de l’hôpital psychiatrique de Montélimar gérant mon cas
Je suis un affectif émotif à tendance caractériel avec un crocodile intérieur qui prend une belle place dans mon cerveau reptilien ! Curieux aussi, je m'intéresse depuis très longtemps aux sciences. Après une scolarité en dent de scie, j'oriente mes études en physique jusqu'à avoir un doctorat en physique des matériaux. Passionné d'informatique, je lâche la physique pour une société de service que je n'ai plus jamais quitté. Lancé dans la vie avec ses tonnes d’intérêts divers, consommateur effréné, geek, joueur de jeux vidéo, bon buveur, bon fêtard. Pas de sport mais films à gogo, musique, concert et fumette. Et puis je reste collé à mon smartphone comme une huître à son rocher au grand désespoir de mes proches et bien sûr de ma copine.
Depuis tout petit j'ai toujours eu le sentiment que j'allais changer quelque chose de majeur dans ce monde. Une invention, une découverte, je sais pas, je me suis toujours senti investi d'une mission qui devait révolutionner le monde. La tête dans les nuages, je n'écoute pas ce qu'on me dit car ma mission est prioritaire. "Papa n'a pas d'oreille", répète ma fille mais même ça je l'entend pas! En attente perpétuel d'un signal qui m'aurait dit : "aller fonce! C'est maintenant", un truc qui aurait déclenché dans ma cervelle le grand départ vers des contrés magiques de création divine. Rien n'est engagé et pris dans les occupations quotidiennes et les plaisirs à court terme, je remet sans cesse tout au lendemain.
Je monte dans les tours des délices éphémères et en même temps des fonctions professionnels. Le premier pas de la chute c'est la perte de ma mère d'un AVC, une mort subite qui me transporte de tristesse. Une accélération de mon stress endémique et agressif qui peu à peu prend toute la place. C'est le burn-out, je tombe mais me relève. Je m'allège un peu au travail, les chefs sont plutôt compréhensifs mais mon caractère angoissé dans cette vie trop rapide pour moi me recolle un pain. Ma copine me quitte, je ne vois plus beaucoup ma fille, je change de job pour un autre qui me paraît encore plus naze que le précédent, je quitte la nouvelle copine dont j'étais fou amoureux pour une autre dont j'étais fou fou fou amoureux, elle me quitte par téléphone 2 mois après. Et puis j'achète un appartement moisi et fais des travaux qui partent en cacahuète et cet appartement alors me semble encore plus pourri, je n'arrive plus à me projeter, je me sens coincé, vidé, déchiré. Et là c'est la chute, les médocs, l'arrachage de cheveux, les mains que je frotte sur les murs jusqu'au sang, mon ex qui me hurle dessus je ne sais même plus pourquoi, la dépression et l’hôpital. Trois mois d'arrêt, des tonnes de plaquette d’anxiolytique, une furieuse envie de me détruire. Je touche le fond. Mon pied, par bonheur, me repousse vers le haut. 6 mois après j'ouvre un œil, le deuxième au bout d'un an. Ce qui sauve, une famille soudée, c'est une bande d'amis, une ex finalement compréhensive et une fille extra. Et je me dis c'est quand même complètement dingue de vivre dans une société ultra moderne et de se sentir aussi mal, de passer littéralement à côté de l'essentiel. Je suis resté stupéfait pendant un bon moment ! Et puis deux ans plus tard c'est mon frère qui chute pour des raisons similaires aux miennes et lui malheureusement n'aura pas la force ni la chance de se relever. Il se suicide dans le désarroi le plus complet. Et je me redis que c'est fou, que y'a bien un truc puissant qui fait masse et oblitère tout le reste.