L'homme ne dépend plus de ses besoins mais de ses envies. C'est la rançon de l'abondance.
_ Richard Lewy
Dans un monde aujourd'hui en surabondance dans tous les domaines, les qualités extraordinaires d'homo sapiens se retournent contre lui. Ces qualités qui étaient des atouts extraordinaires perturbent en profondeur l'équilibre naturel des choses et la planète qui était la maison, le berceau et le grenier de la biosphère est devenue une grande poubelle toxique mortifère.
Avant de voir si l'épigénétique peut changer notre vie, il est temps de faire certains constats pour agir au mieux. Les qualités que l'on vient de voir se sont malheureusement toutes retournées contre nous. D'abord il est évident qu'Homo Sapiens a dépassé de loin toutes les prévisions du vivant et a atteint des domaines, un développement, une civilisation tout à fait extraordinaire mais il est allé trop loin et trop vite. Trop loin car on est passé d'un environnement qui agissait sur le vivant à maintenant où l'humain agit de façon extrêmement violente sur son environnement. C'est un renversement complet de situation car l'homme s'est doté d'armes de destruction massive pour la nature qui l'environne. Comment on a pu en arriver là ?
On vient de le voir avec les vertus d'Homo Deus, le développement du cerveau primaire puis limbique puis le stupéfiant cortex supérieur d'une complexité et d'une puissance de calcul colossal est à porter comme la plus fabuleuse invention de la nature. Malheureusement à trop se rapprocher du soleil, on se brûle les ailes. Un seuil nocif a été franchi. Il ne s'agit pas de culpabiliser car la nature ne nous a pas doté de bouton stop mais plutôt de prendre conscience et de réagir.
Le cerveau d'Homo a été programmé depuis plusieurs millions d’années pour survivre dans une immense salle de sport avec plein de jeux dont le gain était l'accès aux ressources. Notre cerveau reptilien a évolué pour activer un circuit de récompense et donc un plaisir immense lors de 5 principaux comportements qui étaient évolutivement très avantageux et que l'on va détailler ci-dessous(1). Tous ces bugs surviennent parce que notre programme génétique ne fonctionne que dans une nature où les ressources sont en équilibres avec toute la biosphère. A partir du moment où l'équilibre est rompu et que l'abondance arrive, on passe un seuil comportementale qui nous entraîne dans des cercle vicieux destructeurs pour nous et la biosphère.
Autres soucis c'est que premièrement le cerveau pour ces 5 circuits n'a pas de bouton stop et qu'ensuite il travaille toujours de façon relative en se basant sur l'état actuel des choses qui va représenter alors pour lui une base, un palier, un rez de chaussée qu'il va falloir absolument dépasser. Donc même si vous êtes à la naissance dans une situation confortable, elle vous paraîtra moyenne, sans saveur et forcément à surpasser! (voir l'article : le cerveau comparatif et relatif). Voyons maintenant en détail les 5 bugs avec un rappel de leurs avantages d'hier, le constat et les conséquences aujourd'hui.
Nos gènes sont égoïstes et nous sommes programmés pour les disséminer le plus possible. C'est la base même du programme, son cœur de fonctionnement. C'est cette stratégie qui a permis l'explosion de la vie. L'apparition du sexe a permis une extension de la diversification. Grande récompense à la clé pour celui qui fornique car c'est lui qui se reproduira le plus.
Toute notre vie on va être en attirance et en désir de séduction. Une volonté fantasmée d'abondance sexuelle. C'est un désir sans fin complètement stérile et inutile qui ne sert qu'à jouir et à gonfler un ego insatiable. Le meilleur exemple est je crois DSK. Un type brillant marié à une femme exceptionnelle qui à tout réussi autant professionnellement que socialement, autant personnellement que politiquement et qui va ruiner sa vie pour un vulgaire désir avec une pauvre femme de ménage. Ce bug est d'une puissance extrême. En plus de DSK, les exemples ne manquent pas, et plus la personne a du pouvoir et de la reconnaissance plus elle va avoir besoin d'assouvir ce désir primaire (Weinstein). On peut citer encore Patrick Bruel. Comment se fait-il qu'une personne comme ça, adulée, admirée, talentueuse, se fourvoie dans des comportements très déplacés. Quelle est son avantage ? Aucun. Par contre un risque faramineux de ruiner sa belle carrière pour si peu. Un bug énorme je vous dis !
Sans frein, c'est le bug qui fait que nous sommes 7,5 milliards en 2019. Notre population va atteindre 11 milliards d'individu en 2050 avec un impact environnemental délirant.
Survivre signifiait se nourrir et comme c'était toujours difficile et qu'il fallait prendre des risques, le cerveau d'Homo a développé une forte récompense pour les plus courageux. De plus il fallait se nourrir le plus possible car on ne savait pas ce que demain nous réservait
On aime manger, c'est notre plus grand plaisir. Depuis longtemps on ne mange que pour ça, pour l'envie, la délicatesse d'un plat, d'une entrée, d'un dessert. On mange matin, midi et soir avec parfois un bon goûter. Notre intestin est en permanence en phase de digestion mais pas grave, le tout est d'être dans la luxure d'une abondante et riche nourriture. Toute rencontre, toute fête se fait autour d'un repas, d'une collation, d'un apéro. Il est loin le temps de manger pour vivre. On peut aujourd'hui vraiment vivre pour manger.
2 milliards de personnes sont en surpoids dans le monde et je ne parle pas des personnes qui par leur métabolisme ne prennent pas de poids mais dont l'excès de nourriture et de sucre déséquilibre la chimie du cerveau et du corps entraînant stress, dépression et maladies en tout genre.
S'informer était vitale dans la nature, il fallait reconnaître une plante, une trace.
On se gave d'infos, de télé, de vidéos, de tweets, de réseaux sociaux pour assouvir nos besoins.
L'infobésité est un drame de l'addiction (jeux, séries, portables) et de ses terribles conséquences sur le cerveau, le stress, etc...
Un bon statut social dans une tribu prévalait une sécurité, un bon ego et beaucoup de partenaires sexuels.
C'est la soif du pouvoir, de la performance, de l'excellence mais dans le mauvais sens, celui de l'écrasement de l'autre pour augmenter son influence. Le pouvoir va avec l'argent qui va avec l'ego. Là aussi les exemples saisissants ne manquent pas. On peut citer Carlos Ghosn. Comment, encore une fois, un type brillant se retrouve en tôle pour des histoire de fraude lui qui a tant d'argent ?
Réseaux sociaux, monde de l’excellence, des premiers, la soif du pouvoir est sans fin et pousse à toute les folies destructrices pour soi et les autres
On passait notre temps à courir, fuir, poursuivre, nager, sauter, etc… le plus économe survivait.
Ce besoin absolu d'économie d'énergie pour soi nous pousse à utiliser systématiquement la voiture, l'avion et les transports en tout genre, d'Homo Sapiens ultra sportif nous sommes devenus des paresseux.
Les conséquences sont énormes en terme de santé et bien sûr de pollution.
On voit bien que celui qui retire le plus de plaisir pour chacun de ces comportements vitaux va mieux survivre et plus se reproduire et donc transmettre ses gènes à des descendants qui vont hériter de cet avantage. Ce cercle vertueux marche très bien dans un monde austère, sobre et en équilibre. Il déraille complètement dans un monde en surabondance pour Homo Sapiens !
On n’est pas adapté à cette surabondance, on bug car notre cortex supérieur est à la solde de sa partie primitive. Ce qui était très bénéfique hier, nous entraîne droit dans le mur aujourd'hui !